Affichage des articles dont le libellé est REVONS UN PEU. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est REVONS UN PEU. Afficher tous les articles

samedi 27 août 2011

LA PETITE VOIX DU CADDIE…


"Texte inventé"



La partie avait commencé depuis une heure et demie. Nous étions au départ du 7.
Tout allait bien jusque là.
C’est son troisième Grand Prix cette année. Je suis à ses cotés depuis le premier.



lundi 5 avril 2010

TOUT SIMPLEMENT...

Texte imaginaire...



Souvent au practice, quand un joueur réussit un joli coup, il relève la tête afin de vérifier si par hasard un de ses voisins de tapis n'aurait pas remarqué cette perle tirée du seau.

lundi 24 novembre 2008

PAR 3 DE 155 M

Petite pensée futuriste…

Cela fait 10 ans que je joue au golf et j’ai toujours eu une relation de tendresse avec les par3.

Quand le professeur nous a autorisés après quelques cours à aller faire le compact, j’étais ravi…
Je me rendais bien compte que le départ de ce parcours de 6 par 3 était juste à coté du départ du 18. Mais j’étais aussi fier qu’eux au départ du grand bassin en posant mon tee au début de la pataugeoire…

C’était mon premier parcours à mon niveau, j’avais oublié les mini golfs, c’était ma piscine olympique à moi.

J’avais une demie série, qui suffisait amplement pour tout faire, même moi j’avais le temps de faire le commentateur sportif entre deux balles…

« Aie ! Jérôme vient de rater son départ mais nous connaissons bien ses qualités et sa force il se sortira sans peine de cette feuille posée devant sa balle grâce à la puissance de son fer9 qu’il peut envoyer à des distances prodigieuses de 70m ! »

Ce n’était pas le bon temps, c’est pareil aujourd’hui quand je marche vers ma balle qui a fait depuis 40m de plus, j’ai plus de temps pour commenter…

Le ciel est gris en cette fin de matinée, il y a un léger vent de face, je reste debout à regarder le drapeau.

Sur sa gauche, il y a un bunker. 20m devant lui une rivière traverse en m’ignorant royalement, désabusée de charrier ces galets blancs qui ne s’usent jamais.

Le green est plutôt large, assez plat sauf une langue qui semble descendre vers l’eau par soif ou par perversion…
le drapeau est sur la droite. Si ce green était un visage, le drapeau serait planté dans son œil…les sourcils sont assez hauts mais bien broussailleux.

Je reste fixé sur le mat au chiffon rouge qui flotte vers moi, je regarde à ses pieds, la joue sous cet œil est bien plate mais très grande.

J’ai oublié le bunker, oreille unique et jaunie, je ne vois plus la rivière qui en pleure de rage…
Je suis concentré sur cette joue.

Ce sera un fer 5.
Un coup conquérant.
Je sais que c’est sa limite de chute.

Je vais le prendre, je regarde sa face, ses stries. Elles sont nettes mais je ne peux m’empêcher de passer dedans avec la pointe de mon tee, une habitude du temps où il creusait trop le sol. Je retourne faire face au drapeau, je suis au milieu de deux boules blanches.
Nous faisons une ligne droite à nous trois.

Je me baisse sans quitter des yeux le mat au loin, mes yeux descendent pour trouver une marque au sol, bien nette, souvent laissée par un joueur avant moi.

Je vise mes par3 comme je vise sur un green.
C’est un coup direct, sans concession.

J’enfonce mon tee comme un acuponcteur enfonce une aiguille, sans douleur à un endroit stratégique de tout ce corps qui veut me faire souffrir.

Je me relève, me recule d’un pas, je suis devenu rugbyman et je visualise la pénalité à tirer.
Il me faudra traverser ma balle en pleine vitesse pour m’aider de ce vent et monter haut afin de descendre presque vertical et ainsi rouler le moins possible.

Le chiffon rouge ne bouge plus. Le vent me joue des tours. Il ne veut pas que je compte sur lui. Mais des arbres hauts, loin derrière lui bougent encore. Il va revenir.

En général, mon 5 est plus prés de mon pied gauche que du droit, un tiers. Je décale à peine de quelques minuscules centimètres cette habitude pour garder de la force dans ma montée et ne pas ralentir.

Ma balle est posée, sa ligne noire bien visible est perpendiculaire à la face de mon club, presque à le toucher.

Mes mains sont en place.
Elles serrent le grip comme le dit un de mes héros d’enfance.

« Imagine que tu as un oiseau dans les mains, serre le assez pour ne pas qu’il s’envole mais pas trop pour ne pas qu’il étouffe »

Je recule mon club, le remonte un peu, le bouge pour tester ma prise et pour détendre mes avants bras…je me détend et m’enfonce dans ma confiance. Je le replace.

Il recule alors doucement mais régulièrement, sans à coup, comme sur les rails des circuits électriques de voitures de courses, juste guidé, mais pas trop vite pour ne pas sortir de cette strie argentée qui parcourait les voies noires où fonçaient mes minis formule1…

Je suis arrivé au bout de mon pendule, je repars doucement, puis emporté, le club file à toute vitesse, un clac coupant retenti, je fais déjà ma montée, mon corps se tourne, mes yeux retrouve mon bolide rond qui attaque le vent tel un kamikaze fou…

DANS L'ECHEC TU APPRENDRAS

Histoire imaginée mais très largement inspirée de faits réels…

Je suis en forme ce matin. Il y a une semaine je faisais mon premier concours d’index et j’ai ramené une carte de 52 points. Me voici déjà en dessous des 50 après un mois et demi de golf.

Je le savais, je le sentais, ce sport était fait pour moi.

Me voici au départ de mon deuxième concours, une petite demi-heure à peine sur le practice. Quelques drives sont partis à droite avec une large courbe mais cela se corrigera sans aucun doute. Pas de putting, je le sens bien le putter, pas la peine.

Je place mon tee, je pose ma balle fraichement marquée d’un large trait rouge qui en fait le tour en mettant cet équateur bien aligné vers la zone du fairway que je veux atteindre. Derrière les arbres sur la gauche, haut et fort. 200m en contre bas de ce dog leg gauche.

Je regarde rapidement, me place, face du club bien derrière la balle, équateur au centre. Je fais mon swing, très vite, je relève la tête un peu tôt pour voir ma fusée partir. Elle part, à droite, haute, sa trajectoire se courbe, un peu, beaucoup.

C’est le crash.
Le starter a crié, il y a un cours sur la gauche.
Je n’ai pas réagis.
Mon tee a totalement disparu.
Mes certitudes un peu.

Je redescends de mon piédestal, prend mon sac et part chercher ma balle, tête baissé. Elle est sur le fairway du compact à droite, elle n’a pas fait 150 m. les élèves me regardent comme un grand benêt qui vient de redoubler.

Encore pas loin de 170m à faire. J’ai mon rescue, arme fétiche. Je l’arme très vite comme pour vite oublier le coup d’avant. Ça part bien, le bruit est sec et beau.

Je garde la pose.

Je ne regarde pas ma balle, j’attends qu’on me regarde. Je fais le coq au milieu des poussins. Le ridicule ne tue plus.

Je ne retournerai pas à la petite école.

À 10m du green. Un 50/50 comme dans la vidéo de « you tube ». Je sors mon pitch. Tranquille, je place ma face en ressentant la visée, sans viser. Leger backswing approximatif, un bruit étrange et désagréable. Ma balle file à moitié dans les airs, à moitié sur le green comme un avion de ligne lancé à pleine vitesse sur une piste d’ULM.

Je dépasse la piste d’atterrissage et m’écrase dans un bunker.

Je regarde mon club, attendant qu’il m’explique. Il n’a rien à me dire.

J’ai les pieds dans le sable, mon sandwedge dans la main gauche, je regarde le drapeau qui semble s’éloigner de plus en plus.

Le sable se disperse sans beauté, une balle molle et triste s’en échappe et se traine sur quelques centimètres sur le green.

Je retourne vers mon sac, je prends mon putter, j’ai hâte d’en finir.

Je marque, je prends, je nettoie, je vise, j’aligne ma marque rouge dans le sens de ma future trajectoire, j’arme, la balle part.

Le dessin de la marque n’est pas une ligne continue, plutôt une sorte de courbe d’électrocardiogramme irrégulière de quelqu’un qui ferait une attaque. Le coup est mal tapé, mal visé, je dépasse encore ce trou de plus en plus minuscule.

Je ne relève plus, me replace, envoie mollement et une balle incertaine se rapproche, encore un coup de grâce de cette garce blanche et rouge.

Mon putter s’enfonce avec rage dans le sac, il ne m’a rien fait mais je m’en fous.

Il y a un truc qui a cloché. Je ne sais pas lequel. Je vais vers le trou2 un par 5. Je vais me refaire.
Le fairway me semble plus étroit qu’avant.
La lumière sans doute.

Je sors mon bois, il a une marque rouge sur la gauche de la face comme une trainée de sang sale. Je frotte avec le pouce mais ça ne part pas. Pièce a conviction d’un tir qui n’en avait pas. Je reste plus longtemps face à ma direction, mais ma tête est vide et ne réussit pas à se remplir de ma future trajectoire, je vais partir dans l’inconnu.

La balle ne décolle pas. Pire, elle rebondit très vite sur la zone d’envol des petits et roule encore un peu.
par pitié sans doute.

Il y a une autre marque rouge, une moitié de marque. Sur le bas de la face.
Trace indélébile d’un coup de débile.

Je vais tout vivre sur ce parcours, toutes les désillusions possibles. 18 parcours de la croix pour avoir oser marcher crânement sur ce monstre vert sans respect, me croyant arrivé alors que je n’étais même pas parti.

Désormais le doute s’est installé en moi.

J’en ai parlé avec un joueur que je connais un peu depuis le parcours, à qui j’avais conté mes exploits de la semaine d’avant pendant qu’on attendait notre départ.

Il m’a sourit doucement. Il m’a dit

« On n’apprend ce que l’on ne sait pas, et toi tu apprends le golf, non ? »

Il a gardé son sourire jusqu’à ce que lui rende, jusqu’à ce que je comprenne…

UN JOUR PROCHAIN (3/3)

TROU1 PAR5 HCP12 460m « final »

Il n’y pas si longtemps, quand ma balle faisait ce grand vol vers le green et retombait dessus, mes yeux s’illuminaient, je prenais une montée d’adrénaline et je réclamais intérieurement au réalisateur un ralenti immédiat pour revoir l’exploit !

Mais surtout je fouillais nerveusement toutes les poches de mon sac pour retrouver ce petit outil de jardinage que l’on achète le premier jour où l’on joue au golfet que l’on utilisera que des mois plus tard, outil indispensable à l’étiquette : le relève pitch.

Et je partais à marche forcée, les clubs se cognaient dans un bruit irritant mais peu importe ! Il me fallait retrouver au plus vite, le fameux trou, que dis-je, le fabuleux cratère que ma balle météorite avait sans aucun doute causé sur le green.

Je marchais donc joyeusement sur les lignes de putts, cherchant avidement le monumental accident géologique, et ne trouvais en général qu’un léger renfoncement où aucun œuf à la coque n’aurait pu tenir.

Mais qu’importe le cratère, j’avais face à moi la preuve palpable que j’avais atteint le green ! Je corrigeais donc, presque à regret, le plan du green et retournais vers ma balle.

Mon relève pitch aujourd’hui est en évidence accroché au sac car je le sors heureusement plus souvent qu’à mes débuts, mais je ne peux m’empêcher de revivre cette joie à chaque fois que je le tiens dans ma main.

Je ne suis pas encore sur le green mais devant, je cherche le creux des yeux. Je fais attention à ma ligne de putt en y allant. Je corrige, tapote du pied et repars en glissant dans ma poche le précieux outil.

Ma balle est à un peu plus de 2m, dans cette distance délicate qui ne fait plus partie des putts courts et ne semble pas encore faire partie des putts longs. Catégorie à part donc dangereuse. Je me place assez loin derrière ma balle, me baisse au maximum pour que mes yeux captent le plus possible les courbes qui coupent la ligne entre le trou et ma balle.

Je la marque, la prend, recule à nouveau, la nettoie avec ma serviette.je vide mon stress.je me retourne et regarde à nouveau pour vérifier ma première impression et l’affiner. Je repose ma balle, reprend ma marque qui ressemble à une punaise de luxe.

« Il n’y a jamais de ligne droite dans la nature si tu sais la regarder » me disait mon grand père.
Je me rends compte aujourd’hui à quel point il avait raison.

Le green est un parcours entier à lui tout seul. Suivant l’endroit où vous arrivez dessus, ce fameux dernier coup théorique ne sera jamais le même quand bien même vous passeriez votre vie sur un unique parcours. À se demander si il n’y a pas deux architectes, un pour le parcours et un autre plus perfide encore pour le green.

La zone séparant ma balle de l’objectif final est plane dans sa globalité, mais une faible dépression les sépare. Ma balle va descendre avant de remonter et cette descente bien que faible me fera partir sur la gauche si je partais en ligne droite. Je dois m’ajuster et je visualise ce qui va se passer dans quelques secondes, le coup du putter, puis la faible accélération, le virage, la remontée et le trou. Sur cette ligne imaginaire il y a un point bien précis, le point où le virage commence, le point de rupture, l’endroit où je dois aller avant tout avec une force bien précise.
Je me relève, me met à l’adresse, un peu en avant, mes bras forment ce triangle que j’ai refusé de faire au début du haut de ma grande expérience mini golfique et je fais mon geste dans le vide, trouvant la bonne force pour avoir la bonne vitesse.

Je place mon putter derrière ma balle. Mes yeux restent sur elle. Leger mouvement arrière, retour en harmonie, ma balle roule. Je ne maitrise désormais plus rien, spectateur de moi-même, je regarde ma balle rouler sur cette ligne que j’avais imaginée quelques instants plus tôt.

« Les jeux sont faits, rien ne va plus »

Il y a dans un coup qui va réussir un moment inoubliable, cet instant où l’on sait que l’on est sur la bonne ligne et que la balle va tomber dans le trou. On regarde la suite avec encore plus de plaisir jusqu’à la disparition finale, jusqu’à ce bruit.

Un bruit, une succession de petits bruits, comme un dé qui tomberait dans un gobelet.

« Les jeux sont faits, tout va bien »

J’ai fais un birdie.
Je me sens léger comme un oiseau…
Je me baisse vers le trou pour récupérer ma balle, je la lance un peu en l’air, elle retombe au creux de ma paume, je la glisse dans ma poche…

Mon regard cherche déjà le départ du prochain trou…

UN JOUR PROCHAIN (2/3)

Trou1 par5 hcp12 460m « le bunker du fairway »

Je suis derrière le bunker, je vois le drapeau. Il flotte un peu sur la droite, il y a encore une légère bande de brume devant la butte doucement surélevée du green. On dirait un vaisseau fantôme qui tente de s’enfuir vers le large.

Il me reste encore 200 bons mètres avant d’atteindre la terre promise. Ma balle n’est pas enfoncée, elle a roulé sur le sable, imprimant une trace depuis le fairway.
Je n’ai que deux solutions, la force ou la sagesse.

Je regarde de nouveau vers le green pour m’assurer de ne pas avoir raté une autre subtilité. Ses trois bunkers me laissent une ouverture claire, je pourrai y passer en roulant, le green en lui-même n’est pas très grand, y atterrir de loin pourrait être risqué.

Je choisis mon fer9.
Si je ne me dégage pas aussi loin que je ne le prévois mon fer8 sera là, si tout se passe bien, mon complice, le pitcheur terminera l’attaque.

Je reprends ma routine, derrière le sable, une visée proche de moi pour aller vers le green sans chercher à l’atteindre, juste le swing, sans objectif, sans enjeu, simple et efficace.
J’aime ce fer9, prêt à tous les services, de près comme du bout de ses 110m depuis que je le maitrise.

Je descend dans l’arène, mon grip est déjà en place, un peu serré, je me place, mes pieds cherchent leurs marques et s’enfoncent un peu, à peine, un mouvement de poignet pour m’assurer que je suis détendu. La lame descend jusqu’à flirter avec le sable. Dès que je serai sur, le déclic de mon swing sera un léger relâchement du grip.

C’est un mouvement de pendule de l’ancien temps sans le bruit d’un carillon, juste une sorte de souffle, un choc étouffé, un peu de sable s’arrache nerveusement et dépose sur le fairway un tapis éparse et doré. Ma balle monte sans la hargne de mon premier coup comme lancée et non percutée. Sa descente est rapide accompagnée de deux rebonds, elle trône, fière et lointaine, sur le fairway que je vais enfin pouvoir tester.

Je quitte l’arène, le râteau est là, me voila complice de l’architecte. J’efface les traces de mon passage. Le piège est à nouveau invisible.

Plus j’avance et plus je me rends compte à quel point j’ai pris des habitudes tactiques même en terrain inconnu. J’ai toujours aimé le pitch en plein coup, ce club court, placé bien au centre et dont la face, parfois, reflète le soleil. C’est le fer du ciel, celui qui monte sans crainte pour retomber sur le green et rouler à peine, parfois juste se poser, s’imposer en douceur.

Enfant, dans le sud, je jouais à la pétanque avec mon grand père, j’étais fasciné quand je le voyais s’abaisser, sa main alourdie par la boule touchant presque le sol, puis ce mouvement large et harmonieux, la boule qui monte et tombe derrière ma boule de défense me prenant le point à chaque fois.

Mon pitch c’est le fer avec lequel je pointe comme le faisait mon grand père.

Je suis à portée, en plein coup, effectivement. Je laisse mon chariot un peu en arrière, je sors mon allié de toujours et j’avance dans la ligne de visée de la balle vers le drapeau, encore une habitude devenue instinct.

J’ai une routine spéciale pour lui, un peu comme pour un putting, je me place à l’arrière et mes genoux se plient, je descends dans la position de ces guerriers africains que j’ai déjà vu dans des reportages. En fait je me rends compte que ce n’est pas ça, non je suis mon grand père, prêt à pointer vers le ciel…

Ma visée est nette, à peine à quelques centimètres de ma balle, une fleur de trèfle, blanche et arrondie est dans la ligne, je la remercie et je me relève.

« Relâche tes poignets »

C’est un leitmotiv avant chaque coup qui doit arriver sur le green, les poignets doivent se casser dans la montée du geste et pourtant cette cassure doit être en harmonie avec l’ensemble de mouvement. Je le faisais avec trop de mécanique à mes débuts. On aurait pu voir en me regardant le geste prendre une pause pour que mes poignets plient dans l’angle demandé. Il m’a fallu du temps pour comprendre que cela devait être la pliure d’une branche de saule et non la cassure d’une branche de chêne pour conserver l’harmonie de mon backswing. Alors je me le répète comme une incantation magique désormais.

Le drapeau flotte encore, je regarde les arbres à ma gauche. Leurs cimes bougent vers moi. Ça souffle une fois que l’on est plus à l’abri dans ce couloir naturel.

J’admire l’architecte encore une fois d’avoir fait planter des arbres de faible taille et non des rois de la foret, le vent souffle toujours dans la même direction ici, c’est pour cela que deux des trois bunkers sont sur la droite du green, pour accueillir une probable déviation naturelle après l’envol…

Le bunker de gauche est à moins de 7m du drapeau, je regarde les arbres à nouveau, puis le drapeau et je descends vers la fleur. Je ne la choisis pas finalement mais je prends sa voisine, à peine plus à gauche…

« Relâche tes poignets »

Je visualise devant l’entrée du green quelques boules de pétanque, je vais avoir ma revanche ce coup ci…

La montée est sure, la balle flotte un instant avant de retomber, un peu déviée par le vent perfide. De là haut, je l’imagine dans cet instant où, immobile, elle sait qu’elle va plonger à toute vitesse, comme quand on est au bout du bout de la montée d’un grand huit.

La terre promise est atteinte.

J’arrive devant le green, ma balle est à 2m du trou, je sors mon putter du sac comme un toréador sort l’épée qu’il avait caché dans sa muleta…

UN JOUR PROCHAIN (1/3)

texte imaginaire écrit le 6 Octobre 2008
une demie série sans driver et 2 mois de golf...









Il fait bon ce matin. Le terrain est bien vert maintenant, parfaitement réveillé. Une douce fraicheur dans l’air, un vent très léger me fait gouter des odeurs de bois frais. On est en Mai, je plante mon tee, ma main se relève avec quelques gouttes de rosée.
Je regarde au loin de ce premier trou, un par 5, innocent à première vue. Je ne le connais pas, on ne se connait pas, il n’y a aucun drapeau à l’horizon, la bande herbeuse dévie un peu sur la droite, pas beaucoup, pas très loin. Des arbres jeunes et bas semblent avancer timidement sur le fairway et marquent le virage, devant eux de l’autre coté de cette bande verte et nette, une cuvette longue et étroite épouse l’extérieur du virage, son fond est sablonneux, presque accueillant.

Il veut m’obliger à survoler les arbres c’est ça…

Ces timides unijambistes sont à 150m maximum, c’est faisable, risqué mais faisable, je peux gagner 50m en passant plutôt que de me sécuriser au virage avec un fer5 et ensuite devoir frapper fort vers ce green bien sécurisé comme je le constate sur le carnet de parcours avec ces trois ronds difformes et jaunes qui l’encerclent maladroitement…

Je prends le driver, je relève le premier défi avec un sourire de connivence au maitre des lieux parti depuis longtemps…l’architecte…joli le premier piège, jouer avec mon orgueil, ça marche on dirait. Chiche…

Je prend une visée entre deux cimes qui ressemblent à ces poteaux de rugby que j’ai connu sur mon premier practice l’an dernier, il m’a fallu 6 mois acharnés pour savoir les viser et les passer avec mon bois3 et plus tard avec mon premier driver qui a rejoint mon sac bien après ses collègues de métal tant sa tète de dinosaure artificiel m’inquiétait au début, il ressemblait à une espèce de monstre indomptable, pataud mais vicieux.

Mon regard descend en droite ligne vers mon tee. Comme une habitude innée, je cherche une marque, un défaut sur lequel je resterais bloqué pour mieux placer la face du monstre apprivoisé. Ma main droite se place en douceur, joignant la gauche déjà prête et patiente. Mon talon gauche est aligné avec le tee sur lequel est posé ma balle avec son « IDV » fier et noir inscrit dessus comme un tatouage de rebelle adolescent. Mon bras gauche se raidit doucement mais fermement, je regarde une nouvelle fois en direction de la pénalité à marquer, puis ma tète de club. Mon pied droit est ancré dans le sol, rassurant.

La tête du monstre se recule, sur une ligne droite et invisible, mes yeux ont suivi les premiers cm mais désormais mon regard ne quitte plus la balle. Je sens mes hanches osciller vers la droite, mon bras gauche qui monte tendu et calme, mes poignets se cassent, j’arrive en bout de course tendu prêt à faire repartir tout mon corps dans l’autre sens tel un ressort trop étiré.
La descente commence, doucement au début comme pour se remettre sur des rails entrainés par mes hanches, le brait droit se crispe et se plie vers le bas, le gauche ne peut que suivre et accélère presque malgré lui, le poids de la tête de la bête se fait sentir et tout va très vite maintenant mon regard a capté son arrivée sur la balle mais il l’a déjà traversé, violent et brutal, comme un chauffard fou qui explose un plot de sécurité qu’il n’avait pas vu dans sa course.
Mes bras continuent leur course, entrainant ma tête et mon regard qui retrouve la balle plus loin, propulsée vers son but. Mon mouvement est fini, je suis face à cette course folle dans les airs de ma petite balle qui file vers les hauteurs à toute vitesse.
Le monstre me tourne le dos, lové sur mon épaule…

Elle passe fière et vive au delà des cimes, je gagne le premier défi. Elle est même allée à mon avis plus loin que je ne l’espérais, j’en suis content. Je range la bête assagie et je marche vers la fin de mon premier round.

Le piège était discret, mais là…
après ces arbres derrière le fairway, un autre bunker, plus fin et étroit que l’autre attendait ma balle, la balle des prétentieux, des fougueux qui ne regardent que ce que l’on veut montrer et ne voient pas ce qui est si évident.

Une fois arrivé devant l’accident, ma balle comme une mini formule 1 s’est crashée, a fait une sortie de route…

Je regarde derrière moi avec l’impression d’être observé, là bas sur la butte du départ, un homme en costume de brouillard me sourit sans méchanceté mais ses yeux sont rieurs comme ceux d’un enfant qui vous a fait une bonne blague…

L’architecte me réserve encore bien d’autres surprises…